Réalisée pour le festival Campagne Première, Re-produire s’inscrit dans la continuité d’une démarche qui explore la mémoire paysanne et sa transmission. L’installation prolonge un corpus d’œuvres autour du travail du beurre, envisagé ici comme un véritable matrimoine rural. Dans les fermes, ce travail était souvent pris en charge par les femmes, du soin apporté aux vaches à la vente, en passant par la traite et la fabrication.
C’est à partir de la mémoire du lieu qui l’accueil, une ancienne étable, et d’un moule à beurre ancien, prêté par le musée Domaine des Saveurs – Les Planons dans l’Ain, que cette installation a pris forme. J’ai relevé l’empreinte d’une partie de cet outil, puis j’en ai tiré deux moules, un négatif et un positif, à partir desquels j’ai réalisé les tirages en cire. Ce processus fait écho à ces gestes répétés chaque semaine, inscrits dans les cycles de la vie paysanne, entre nécessité, savoir-faire et transmission. Issue d’une lignée de femmes paysannes, je prolonge aujourd’hui cette histoire par ce geste plastique.
Le titre Re-produire ouvre ainsi vers la question plus souterraine de la reproduction sociale : ce dont on hérite, ce que l’on répète, ce que l’on tente de transformer.
La cire, matière grasse proche de la graisse animale, tient ici une place centrale. Par un cycle infini de fonte et de refonte, elle symbolise la transformation et la réparation. Par sa répétition au sol, l’installation fait apparaître une mémoire discrète, presque disparue. En réactivant cet outil paysan, Re-produire cherche à redonner une présence et une reconnaissance aux femmes dont le travail, essentiel à la vie des fermes, a trop longtemps été mal considéré.